Quand le ballet s’installe dans les rues de Lagos

Toi, inconnu(e) ou ami(e) de la vitre, si tu traînes un tant soit peu sur « l’internet », tu n’as pas pu rater la vidéo de ce petit garçon, pieds nus, orteils au garde-à-vous, enchaînant avec grâce, pirouettes et arabesques, sous le ciel lourd et pluvieux de Lagos. Si par mégarde, noyé(e) dans ton flot incessant de posts et de stories, tu es passé à côté, il n’est pas trop tard pour se rattraper. Un clic suffit me souffle t-on. Anthony Madu, 11 ans, est l’un des 12 élèves (âgés de 7 à 19 ans) qu’accueille gratuitement la Leap of dance Academy. 

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Quelques élèves de la @leapofdanceacademy

Fondée par Daniel Owoseni Ajala, l’école de ballet ouvre ses portes en 2014, dans le quartier d’Ajangbadi au sud ouest de Lagos, la bouillonnante et tentaculaire mégapole du Nigeria. « L’objectif est de former gratuitement les jeunes des quartiers démunis à l’art du ballet. Nous sommes l’une des seules écoles professionnelles de ballet au Nigéria qui enseigne jusqu’au niveau des pointes en utilisant des techniques de ballet reconnues et graduées. Nous tentons d’inculquer des valeurs telles que la rigueur, la persévérance et la discipline. Grâce à la danse, nous permettons à nos élèves, travailleurs acharnés et passionnés, de s’extraire de leur quotidien parfois difficile. », explique Daniel.

« La danse est ma raison d’être »

Son histoire d’amour avec la danse débute en 2009 lorsqu’il assiste à une projection de « Save the last dance », une évidence, avoue-t-il. Parallèlement à ses études d’administration et de gestion des entreprises à l’université de Lagos, il décide de se former et s’entraîne des heures durant, en regardant des tutoriels sur Youtube et en suivant quelques stages.  Autodidacte, sa technique n’a rien à envier aux danseurs de ballet professionnels !

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Daniel Owoseni Ajala, fondateur et professeur de danse à la @leapofdanceacademy

« Après avoir obtenu mon diplôme universitaire, j’ai décidé de rester dans ma ville natale et d’enseigner la danse aux enfants de la région, indépendamment des attentes culturelles et de la pression sociale pour suivre une carrière traditionnelle. Il faut parfois sortir du chemin normal de la vie, faire ce saut dans le grand bain et se battre pour ce en quoi on croit profondément. Pour moi, ça a été la danse. La danse me comble de bonheur, c’est ma raison d’être », ajoute fièrement Daniel.

« Personne au Nigéria ne se réveille en voulant devenir danseur »

Mal aimé, souvent méprisé et parfois même ridiculisé par certaines croyances religieuses selon lesquelles « lever les jambes » serait mal vu, le ballet n’a pas bonne réputation au Nigéria. Daniel précise:  « Dans un monde de survie, la danse n’est pas considérée comme un mode de vie essentiel. D’un point de vue économique, les parents préfèrent que leurs enfants suivent une carrière classique leur permettant de subvenir aux besoins de la famille. Personne au Nigéria ne se réveille en voulant devenir danseur » !

Après plusieurs années, même si les regards sont encore curieux quand les élèves s’élancent avec des grand-jetés ou des demi-pliés sur la terre battue des rues de Lagos, la pratique a désormais son lot d’admirateurs: « Grâce à nos efforts, la culture du ballet se développe doucement et les parents encouragent vivement leurs enfants à danser. Nous voulons que le ballet soit reconnu au Nigéria et prouver qu’il existe de nombreuses opportunités dans le monde de la danse pour les enfants nigérians », confie Daniel.

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Olamide Olawale – Photo @wilsononwukapictures

En route vers l’international !

Suite à sa fameuse vidéo, Anthony Madu, s’est vu proposer une bourse d’études à l’American Ballet Theater de New-York lui permettant de suivre à distance un atelier d’été. Daniel fier de son petit protégé rêve de voir tous ses élèves représenter le ballet Nigérian au plus haut niveau et à l’international. « Nous avons à cœur de transmettre notre passion pour la danse et d’honorer nos racines et traditions. Nous sommes émus et extrêmement reconnaissants de recevoir toutes ces effusions d’amour et de soutien depuis 2 mois. Nous avons même du mal à réaliser ce qui nous arrives, sommes nous entrain de rêver ?  » conclut timidement Daniel.

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La révolution est culturelle, gracieuse et puissante. Vêtue de son plus beau tutu, elle brise les codes, grâce à Daniel qui, avec conviction et humilité fait de la danse au Nigéria, un vecteur d’éducation, d’émancipation et d’élévation des consciences.

A la orden !

Yolaïna Bar 

 

 

 

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