Crédits Don Valentin Lopez

San Juan de Oriente, berceau de l’artisanat nicaraguayen

Parada de bus del mercardo Roberto Huembes, j’attends mon joli tas de ferraille en plein cagnard, je transpire déjà à grosses gouttes (sexy je sais) et dévore mes « tajadas »(chips de banane plantin) en sirotant mon cocktail explosif de sucre au sucre, la « rojita ». Ca crie de tous les côtés, les vendeurs ambulants te  proposent à tout va des quesillos, des enchiladitas, des rosquillas, des caramelos de coco, des mangues, des jus de fruit naturels, de la cerveza (oui ça désaltère). Les chauffeurs de bus qui s’épongent le front avec un bout de tissu répètent inlassablement le nom de leur destination: « Masaya, Masaya, Masaya », « Granada, Granada, Granada », « Nandaime, Nandaime, Nandaime ». Mon bus Express arrive enfin, le cuir du fauteuil est brûlant, je manque de perdre ma fesse gauche. A côté de moi se trouve une femme et son perroquet vert qui picore une banane, la chanson « Escapate Conmigo » résonne dans tout le bus. C’est parti direction San Juan de Oriente un petit village à 40 kilomètres de Managua (la capitale du Nicaragua) ! 

Je pose les pieds sur la terre ferme, le coup de foudre est immédiat. Un petit havre de paix, de tranquillité. Le temps s’est presque arrêté ici, les oiseaux chantent, les chiens se reposent à l’ombre, les chevaux broutent de l’herbe sur le bas côté, les « caponeras » (tuc tuc nicaraguayen) rouges circulent dans tout le village, des charrettes débordent de poteries et d’artisanat en tout genre. Bienvenidos a San Juan de Oriente, le village de l’artisanat ! Ici chaque famille (plus de 90% de la population) vit de l’artisanat, chaque maison est un atelier de poterie, une salle d’exposition.

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Une histoire riche

San Juan de Oriente allias San Juan de los platos car c’est ici que l’on faisait les assiettes en argile pour manger lors des festivités de toute la région. Son nom original « Valle Namotiva » en langue chorotega ou nahuatl signifie « frères voisins ». L’histoire de ce village est particulièrement riche et digne d’intérêt. En effet, c’est l’un des premiers villages fondés par les conquistadors dans la région pacifique du Nicaragua, mais c’est avant tout un village imprégné des coutumes ancestrales, folkloriques et artisanales. Prisé par les touristes du monde entier pour son charme indescriptible et son artisanat, je vous emmène avec moi pour une petite balade et un cour de poterie (trop aimable je sais) !

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Ecole de poterie de Don Valentín López

Après avoir traversé ce petit village de 5000 habitants et m’être arrêtée une bonne vingtaine de fois pour prendre des photos -touriste un jour touriste toujours- je trouve enfin l’école de poterie de Valentín López. Fondée à la fin des années 70  avec la volonté  claire de perpétuer les traditions ancestrales de la céramique, de la peinture et du design précolombien, cet art se transmet de génération en génération.

L’endroit est calme, immense, une dizaine de tours de poteries sont alignés sur la terre battue, quelques touristes arpentent la salle d’exposition à la recherche du souvenir parfait à ramener à mémé, les étagères et le sol sont plein à craquer de vases, de tasses, de carafes, de masques et de pots en tout genre, je ne sais plus où donner de la tête. Je craque alors sur un masque en terre cuite absolument magnifique. Un masque que j’ai finalement récupéré en milles morceaux après la perte d’une de mes valises (merci delta airlines) pour ce cadeau empoisonné.

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Crédit Photo Don Valentin Lopez

Je rencontre alors Don Valentin, Don Pascual et Don Catalino, des hommes simples, humbles et passionnés par leur travail. Ici, ils vendent plusieurs types de pièces: les précolombiennes, les artistiques et les créatives: « principalement, nous avons le précolombien basé sur des codes et des points mathématiques. Nous avons aussi les pièces créatives que nous créons à partir de ce que nous offre la nature; les pièces artistiques quant à elles se font à partir de rêves, de nos pensées , des oeuvres uniques faites avec nos mains d’artisants » précise le directeur de l’école. Leur marque de fabrique c’est la technique de leurs ancêtres: les chorotegas.

Petit cour de poterie VIP

Curieuse et impatiente, je prends place sur ma petite chaise en bois avec les filles de Don Pascual. L’argile utilisé pour la fabrication des pièces est ramené directement des mines situées à 2,5 km du village. Pour obtenir une élasticité parfaite on le mélange avec du sable et de l’eau.

Don Catalino se déchausse et malaxe nus pieds l’argile à un rythme particulier avec son talon pour chasser l’air présent dans la pâte. Il s’installe ensuite sur son tour artisanal qui fonctionne à la force du pied.  Il prend alors un bon morceau d’argile et s’humidifie les mains. Il fait monter, descendre la pièce, la centre puis l’ouvre avec ses mains.  Armé d’un morceau de bambou taillé, il finit par sculpter et donner forme à  sa pièce. Enfin, avec un fil de nylon il sépare la pièce du disque du tour de poterie et la laisse reposer durant 4 heures.

Don Pascual prend alors la relève et m’explique comment polir la pièce. Il faut la polir au moins trois fois pour refermer les pores et lui donner ce brillant si particulier. D’abord, avec une sorte de galet puis avec le noyau d’un fruit (le zapote) et enfin avec un galet plus fin. Vient ensuite, l’étape du dessin, de la peinture avec des fragments de pierres naturelles. « A chaque fois que l’on applique de la couleur, il faut polir pour qu’elle se fixe parfaitement », précise Don Pascual. Après cela, on peut graver les dessins que l’on veut sur la pièce.

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Une fois que tout cela est fait, il faut laisser reposer la pièce durant 8 jours pour qu’elle perde toute son humidité. On m’emmène alors en contre-bas pour voir les fours faits de briques où l’on peut inclure une vingtaine de pièces. On préchauffe le four pendant 6 heures avec du bambou, les pièces cuisent alors entre 700 et 800 degrés. A la sortie du four on frotte la pièce avec un tissu pour lui redonner son brillant. Et voilà ! Un processus long et fastidieux qui rend si unique l’artisanat nicaraguayen. Pour plus d’info et de détails voici une petite vidéo explicative du processus de fabrication d’une pièce de poterie.

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« El sabor que se siente entre el hombre y la tierra es increible« , voilà ce qui  résume à merveille mon petit périple à San Juan de Oriente. Le genre de choses, d’expériences, de rencontres humaines, de sourires, qui ne s’oublient pas. Gracias por todo Nicaragua, te quiero de todo mi alma.

A la orden !

Yolaïna Bar

2 réflexions sur “San Juan de Oriente, berceau de l’artisanat nicaraguayen

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