Le quart d’heure confidences de Neïla Romeyssa: audacieuse et authentique blogueuse algérienne

Lundi, 13 heures, Paris, 17 ème arrondissement, métro Malesherbes (en face de la Sorbonne), c’est ici que Neïla Romeyssa m’a donné rendez-vous. J’attends au soleil , clope au bec (oui je sais, c’est mal) et scrute avec attention un monsieur qui dévore langoureusement son sandwich poulet crudités. Quand soudain, je vois débarquer sur ma gauche un petit bout de femme, les cheveux noir corbeau, le regard vif et charbonneux, simple et décontractée elle porte un pull over-size rouge et noir et une petite paire de converses. Mon regard se pose alors sur ses boucles d’oreilles imposantes, en or, qui semblent peser trois tonnes, mais qui donnent incontestablement du caractère et du chien à sa tenue.

Neïla est blogueuse, instagrameuse mais aussi étudiante à la Sorbonne en lettres éditions médias audiovisuel, c’est entre deux cours que se déroule notre interview (et oui on n’est pas là pour enfiler des perles). En effet, même si elle n’est âgée que de 19 ans, elle a un emploi du temps bien chargé: «j’ai peur de l’ennui, j’adore avoir des journées bien remplies et des nuits courtes, ainsi j’ai la sensation d’avoir accompli quelque chose» m’avoue  t-elle.

Avant-gardiste ? Incontestablement ! Neïla est à l’époque en terminale ES dans un lycée étatique à Alger, elle doit passer deux bacs: le bac français et le bac algérien. Face à cette pression (le lycée c’est bien chiant tout le monde le sait), elle fait le choix de mettre entre parenthèse son bac et de lancer son propre site internet.  Neïla, alors « haute comme trois pommes » devient l’une des premières blogueuses algériennes. Pas mal n’est-ce pas ?

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The Coffee Knafeh, le petit jeu de mot qui sonne bien: « Coffee car je vois mon blog comme une pause café propice à la détente, à la lecture et à l’évasion. Quant à Knafeh, c’est la petite touche orientale: c’est une pâtisserie que je mange depuis toute petite et que ma grand-mère adore me préparer » précise Neïla.

Et sinon, qu’est ce que l’on y trouve ? Des looks originaux, ethniques et colorés inspirés de la culture magrhébine et orientale, des articles sur ses voyages, sur des rencontres inspirantes du monde et de la culture arabo-berbère. Bref, un truc bien sympa que je t’invite (oui, TOI lecteur fidèle et assidu de La pulperia de arriba) à aller regarder !

« Ici, c’est Paris » !

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Il y a un an, Neïla débarque à Paris pour les études. Difficile de prendre ses marques et de débuter une nouvelle vie loin de sa terre, loin des siens, de ses habitudes, d’assumer des responsabilités d’adulte, de tout gérer à tout juste 18 ans (et oui on y passe tous). Mais elle s’en sort avec brio et s’acclimate très rapidement à l’effervescence et au rythme soutenu de la vie parisienne. WELL DONE !

Neïla adore Paris, son ambiance, ses terrasses, ses musées et se considère même comme « une parisienne d’adoption »: « je ne me suis jamais sentie étrangère. Entre Paris et Alger je dois avouer que mon coeur balance. J’adore mon pays, mais je me sens plus épanouie ici, je n’envisage pas de retourner y vivre pour le moment. Après, il faut savoir que je ne couperai jamais les ponts avec l’Algérie » poursuit-elle.

Alger, la cité millénaire, la casbah qui forme un triangle dont la base rejoint la baie d’Alger, les rues étroites, la médina, le boulevard Che Guevara qui donne sur le port d’Alger, la chorba pleine d’épices de sa grand-mère, la garantita (sandwich au pois chiche et à la sauce piquante ), voilà tout ce qui fait que Neïla est heureuse de rentrer en Algérie et se sent chez elle dès qu’elle y remet les pieds.

« One, two , three .. Viva l’Algérie » !

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On se croirait presque à un match de foot pas vrai ? Mais détrompe toi, c’est bien plus que ça ! L’algérien est fier, l’algérien est patriote et il y a de quoi non ? Colonisation, guerre d’indépendance, guerre civile et « période noire » dans les années 90… Neïla est fière d’être algérienne et elle le crie haut et fort.

Quand je lui demande de me décrire son pays, sa culture, elle peine à trouver ses mots et m’explique qu’à ces yeux c’est indescriptible. « C’est merveilleux, magnifique, le soleil, la chaleur humaine, les gens n’ont pas grandi dans la richesse mais ont le coeur sur la main. Par exemple, pendant le ramadan à Alger, on installe des tablées immenses où tout le monde peut venir manger gratuitement » confie Neïla.

Malgré l’amour et l’attachement profond que portent les algériens à leur pays, Neïla m’explique que « l’algérien lambda est prêt à tout pour quitter son pays, il ne s’épanouit pas pleinement et a du mal à envisager son avenir ici. Les conditions de vie sont assez difficiles notamment pour les femmes ».  En effet, les femmes algériennes ne peuvent pas fumer tranquillement dans la rue sans que ce soit mal vu. Si, une femme souhaite dormir à l’hôtel avec un homme elle doit présenter le livret de famille prouvant ainsi le mariage. Cela devient encore plus compliqué quand la femme algérienne est célibataire: difficile de pouvoir louer un appartement ou de pouvoir adopter.

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« J’ai du mal à comprendre toutes ces restrictions. Selon moi, la femme doit être libre, indépendante. Le respect c’est primordial » poursuit Neïla. Son blog, c’est finalement un appel à la tolérance et à l’ouverture d’esprit, même si elle confie que dans les débuts ça n’a pas été simple de faire face aux critiques et aux regards accusateurs. « J’étais obligée de sortir à 5 h du matin avant le début du marché avec une amie photographe pour shooter tranquillement. Je me souviens qu’un groupe de mecs du quartier qui buvaient leur café, nous regardaient mal. Et puis avec le temps, on a fini par faire connaissance et ils nous ont un peu pris sous leur aile » se remémore-t-elle.

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The Coffee Knafeh, une belle invitation à l’évasion, à la découverte sans aucune prétention, un mélange plutôt sympathique et prometteur entre la culture orientale et la culture occidentale. Neïla, une beauté brute, du caractère, un style reconnaissable, free-spirit, recherché et travaillé. Audacieuse et authentique c’est avec beaucoup de simplicité et de passion qu’elle s’est confiée pour La pulperia de arriba, le temps d’un café (NON d’un jus d’orange/ citron pressé).

A la orden !

Yolaïna Bar

 

3 réflexions sur “Le quart d’heure confidences de Neïla Romeyssa: audacieuse et authentique blogueuse algérienne

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